Néanmoins, les avantages espérés par les consommateurs allemands ne sont pas au rendez-vous. L’annonce récente d’une nouvelle hausse des prix de l’énergie en Allemagne en est la preuve manifeste et provoque de vives réactions parmi les associations de consommateurs, les industriels et le gouvernement allemand.
Le projet européen de libéralisation des marchés de l’électricité et du gaz a vu le jour au début des années 90. avec trois objectifs principaux. Outre la volonté de favoriser l’émergence d’un marché européen unifié de l’énergie et d’accroître la compétitivité des entreprises européennes de ce secteur, la libéralisation devait aussi en théorie avoir un impact concret sur la vie des consommateurs en leur offrant une baisse des prix de l’énergie du fait du jeu de la libre concurrence.
Jusqu’en 2001, l’ouverture du marché allemand de l’énergie a tenu ses promesses. Puis s’en est suivie une hausse sensible des prix pendant les trois années consécutives avec une augmentation de 9,3 % des prix pour l’année 2004 à elle seule.
A l’heure actuelle, le prix de l’électricité est supérieur à celui pratiqué en 1998 avant la libéralisation de ce secteur. Ainsi un foyer de trois personnes pour une consommation moyenne de 3500 kW /h par an paie aujourd’hui 52, 39 € par mois. A consommation égale, ce foyer payait 49,95 € en 1998.
Pour justifier cet accroissement continu des prix ainsi que la nouvelle augmentation qui se profile à l’horizon, les grands distributeurs du marché allemand se retranchent derrière un ensemble de facteurs tels que le coût de plus en plus élevé des matières premières ou le taux d’imposition de leur chiffre d’affaire qui frôle les 40 %, taux d’imposition qui a augmenté de 14 % depuis 1998 dans le but de financer le développement des énergies renouvelables.
Les associations de défense des consommateurs déplorent quant à elles le peu de concurrence sur le marché allemand de l’énergie. Ce dernier est détenu à 90 % par 4 grandes entreprises: E.ON, RWE, Vattenfall et EnBW; les deux premières se partageant les 2/3 du marché. La concurrence semble quasi inexistante entre ces 4 géants, à tel point que l’intérêt pour le consommateur de changer de distributeur est devenu moindre.
Le jeu de la concurrence est par ailleurs faussé par le fait que la taxe réclamée par ces 4 entreprises aux petits fournisseurs concurrents pour l’utilisation de leurs réseaux de distribution est excessivement élevée ( en moyenne 2 à 3 fois supérieure aux tarifs qui se pratiquent dans les autres pays européens.)
Ce coût (estimé à un milliard d’euros chaque année) est répercuté sur le prix de l’énergie et c’est en définitive le consommateur qui est perdant.
Le dernier espoir de voir la situation s’améliorer réside dans la mise en place d’une autorité de régulation prévue pour l’année 2005. Cependant les experts se montrent d’ores et déjà pessimistes dans la mesure où cette autorité n’aura pas la compétence d’interdire la hausse des prix. Elle pourra seulement se prononcer a posteriori sur la légitimité de l’augmentation, ce qui réduit considérablement son pouvoir d’intervention.



